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Crise de la raison publique à l’ère numérique

Philosophes et politiques débattent à l’UFHB

Face aux bouleversements induits par le numérique sur l’espace public, l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB) a accueilli ce jeudi 16 avril 2026, la rentrée solennelle 2026 de l’Association Ivoirienne des Professeurs de Philosophie (AIPP). Placée sous le thème « Numérique et démocratie : crise contemporaine de la raison publique », cette journée scientifique a réuni, à l’amphithéâtre Adama DIAWARA, philosophes, décideurs politiques et acteurs institutionnels pour repenser les fondements de la démocratie à l’ère digitale.

Président du Comité d’organisation, le Professeur KOUADIO Koffi Décaird a redit le rôle de la philosophie. « Face à la crise de la raison publique induite par le numérique, la philosophie doit demeurer un rempart critique pour repenser les exigences démocratiques et promouvoir un usage responsable des technologies », a-t-il exprimé.

Représentant le président de l’UFHB, Prof. BALLO Zié, le Vice-président en charge de la Pédagogie et de la Vie universitaire, Prof. MONSAN Vincent a rappelé la vocation profonde de l’université. Elle est, par vocation et par excellence, a-t-il dit ,« le lieu où la raison critique s’exerce dans sa plénitude ». « La formation philosophique des esprits n’est pas un ornement intellectuel, mais la condition même d’une démocratie vivante et d’une citoyenneté éclairée », a-t-il ajouté.

Le Professeur DION Yodé Simplice, président de l’AIPP et Vice-président de l’UFHB chargé de la Planification, de la Programmation et des Relations extérieures, a insisté sur la dimension citoyenne de la discipline. « La philosophie est une force vive du débat démocratique et une discipline de vigilance intellectuelle. Notre ambition est de former un citoyen critique, capable de contribuer activement à la vie démocratique de notre pays et du continent », a-t-il indiqué.

Intervenant au nom du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Djimbala DIAKITÉ, Directeur de cabinet adjoint, a mis en garde contre les dérives. « L’enseignement supérieur et la Recherche scientifique constituent la première ligne de défense contre l’irrationalisme, la désinformation et la manipulation des esprits. Une nation qui ne philosophe pas est une nation qui ne pense pas par elle-même et qui n’est pas pleinement libre », a-t-il indiqué, au nom du ministre Adama DIAWARA.

Représentant le président de l’Assemblée nationale, parrain de la cérémonie, Traoré Fatoumata DIOP a délivré un message de soutien. « Nous sommes une institution qui se sert de ce que vous faites. Tout ce qui touche au numérique et à la démocratie nous intéresse directement », a-t-elle traduit.

Clôturant les allocutions, le Dr Eugène Aka AOUÉLÉ, président du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC), a livré une analyse percutante des enjeux de la thématique. « Le numérique est devenu un environnement global qui fragilise les repères, brouille les hiérarchies du vrai et du faux, et expose la raison publique à des formes inédites de tension. Lorsque l’émotion supplante la raison et que les algorithmes orientent les convictions, c’est l’architecture même de la démocratie qui se trouve interrogée », a-t-il professé.

La journée s’est poursuivie par une conférence inaugurale du Prof. DION Yodé Simplice. Il a en substance démontré que les plateformes numériques ont provoqué une crise profonde de la raison publique en transformant l’espace démocratique en arène émotionnelle. Leurs algorithmes, indifférents à la vérité mais sensibles à l’engagement, récompensent mécaniquement la parole la plus violente, la plus outrancière et la plus simpliste faisant triompher le pathos sur le logos, l’affect sur l’argument, l’invective sur le débat. Asmodée, démon biblique de la discorde et de l’inversion des valeurs, devient la métaphore exacte de ce système numérique qui pervertit la délibération démocratique à l’échelle planétaire.

Face à ce constat, il appelle à la résistance intellectuelle. organisée autour de trois exigences : former des citoyens capables de distinguer argument et manipulation, obliger les élites à maintenir l’exigence discursive même lorsque l’abaissement semble électoralement rentable, et redonner aux universités, médias sérieux et institutions culturelles leur rôle central dans la production du sens. Car selon lui, le règne des Asmodées du Net n’est pas une fatalité il est le produit d’un abandon collectif de la vigilance intellectuelle.
Le Prof. DION appelle donc à une résistance face aux asmodées du Net.

Cette conférence inaugurale a été suivie d’un panel de haut niveau. Celui-ci a réuni, entre autres, Mme Anne Désirée OULOTO ep. LAMIZANA, ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration, M. Amadou COULIBALY, ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, et le Général OUATTARA Guelpétchin, Directeur de l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI).
Les échanges ont porté sur l’encadrement des réseaux sociaux, la lutte contre la désinformation, la sécurisation des processus électoraux et la promotion d’une démocratie numérique inclusive.

L’AIPP entend, à travers cette initiative, jouer son rôle de sentinelle intellectuelle et accompagner efficacement l’émergence d’un citoyen ivoirien critique et lucide face aux défis du numérique.